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27 November 2018

irwin barbé sand gold psychedelic

Jardin,

c’était dans un jardin que le soir venu, il se rendait. Pour être seul, mais surtout pour se regarder dans le reflet de la flaque, dont les bords étaient couverts de morceaux de glace.

Dans le reflet, derrière son visage troublé par les ondes, il voyait les étoiles. Elles formaient une tapisserie qu’il avait l’impression de sentir se matérialiser à l’intérieur de son oeil.

Puis, il se levait et marchait jusqu’à son banc. Là, assis, il regardait autour de lui et enlevait sa peau, comme un tissu souple. Sans un souffle, il se déshabillait.

Ensuite, il ne bougeait plus, pour apprécier le vent bleu des champs qui l’enveloppait lentement, comme une cape moite et fluide. Il pensait aux lianes invisibles émergeant de son corps, et traçait des lettres avec sa langue sur le haut de son palais.

 

:: 28°57’21.3″N 9°55’49.9″W

Comme toujours, je vais sous l’arbre immobile, respirer dans l’air qui se tait, creuser la pierre avec mes doigts jusqu’à ce que le calme revienne. Dans ce désert sans borne, figé dans le silence. L’air verdoyant, immobile, sur l’immensité de l’aube.

Le métal des grandes choses. Une flamme qui vient d’un poumon chaud. La femme qui se contemple dans l’onde. Je reste là où je dois rester. Aujourd’hui, nuée errante, assombrissant dans son vol le lac silencieux. La lune, la houle légère du silence qui dure.

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Les gestes reviennent, le sang coule sous mes pieds. Dans l’immensité du désert, la voix parle. Iridescente. Les gestes résonnent dans le grondement du temps. Le grondement du temps. Sur son socle rigide, le silence répand sa houle fraîche.

Dans le noir, dans un enchevêtrement de ruines. Dans ce désert. Dans l’air qui se tait. Elles rompent le silence, égales et rauques, pour toujours dans l’immobilité, piégées sur l’écume légère des gestes. Je vois leurs yeux ternes, et les mites, et la détresse. Le monde se soulève avec ma poitrine. Paroles, dans l’ombre obscure.

Chaque soir, l’étroite fenêtre bleue s’appesantit, pensive, dure. Dans la nuit noire, je creuse la pierre avec mes doigts. Et la voix est la même, et le sang coule partout sous mes pieds, et sur ma tête.

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Chaque soir, le silence de la chambre solitaire se referme. Chaque soir, l’étroite fenêtre s’ouvre. Le silence. Je m’allonge dans l’obscurité liquide. Les êtres déjà vus repeuplent le ciel. Chaque jour identique. Et la lumière répand sa houle fraîche, pour toujours.

Immobiles gestes.

 

 

 

: I see the edge of a tropical ocean, I see a ring, hanging above me in a loop of silver sparkles. I see the last traveler on the station platform. 

I see a wall of water. I see the world retreating in the distance. I see the birds flicker and da∴ce. I see the man standing on the lightning–rod.

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