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Ce soir

Je me sens comme

Le premier soir du monde,

Et je vois  des 

gyrophares 

Je me sens, 

en dessous des mots

au-delà des choses

encryptée dans le temps

Cœur isorythmique, nature arithmétique, je doute,

De ce qu’il y a

au cœur des arbres

Je vois, 

à travers les branches

Et je veux comprendre,

Comprendre ce qui se passe

à l’intérieur du corps,

Je veux savoir,

Savoir ce qui se passe après,

Je veux entendre, 

ce qui est dit

sous les feuilles

quand je ne suis pas là

La vie, je touche ses parois

Végétale sensation qui me traverse,

Chaque jour à cœur ouvert

Télépathie me dit-on?

Est-ce que l’arbre me voit? Est-ce qu’il voit mes particules?

Œil scintillant dans la forêt,

Le chat se repose,

L’oiseau s’envole, 

Plus jamais je ne serai seule,

Et si quelque chose s’ouvre,

Je tomberai sous les étoiles 

Oubliée dans la neige

Je deviens, et je danse 

Une danse d’avant le Temps

Du bas vers le haut, 

Du haut vers le bas,

Je deviens un puis deux

mon double binaire

ligne point cercle sphère 

Je suis dans les airs

Une nuit d’hiver, collé au hublot d’un avion survolant les agglomérations périurbaines au sud de l’aéroport d’Orly, il est frappé par les motifs dessinées par les lueurs des lampadaires et des habitations. Elles lui évoquent l’image d’un tissu organique, une forme filamenteuse qui s’amasse en flocons plus ou moins denses. Au centre, la matière est compacte, tandis que vers l’extérieur des îles ont été expulsées. Il en émergeait un dessin en forme d’archipel : un ensemble d’îles construites qui flottaient dans une grande mer où les eaux formaient un fluide continu qui pénétrait dans les pleins; se ramifiant à des échelles différentes jusqu’au plus petits interstices.
Quelques mois plus tard il découvre le livre Fractal Cities, qui dévoile comment les règles de la géométrie  fractale, utilisées notamment pour décrire la distribution et la forme des galaxies dans l’univers, pouvaient aussi s’appliquer à la description de ces archipels périurbains. 

Et alors que certaines de ces zones pavillonnaires sont aménagées sans planning urbain global, on retrouve dans leurs tracés des lois étrangement semblables à celles qui déterminent la forme des nuages, de nos vaisseaux sanguins, de l’arborescence de nos poumons, des bras des fleuves, des excroissances des choux romanesco, du mouvement des gouttes de pluie qui tombent sur le chou romanesco, de la spirale de l’escargot qui mange le chou romanesco, des routes de goudron qui ramifient le paysage, du tourbillon de mousse dans le café du livreur à l’aube, de la toile que tisse l’araignée sous l’escalier, des branches et des racines de l’arbre du jardin. Dans le centre, les structures stagnent, mais dans les marges on observe le devenir de formes qui se transforment, d’organismes en croissance. 

En construisant ces espaces périurbains, l’humain recrée inconsciemment des patterns fractals, les mêmes que l’on peut observer à toutes les échelles de l’univers dans des systèmes organiques, minéraux ou astronomiques.